1. 6 Bénévolat et emploi
1.1. Développer les aptitudes à l'emploi partie 1

Développer les aptitudes à l’emploi d’un adolescent ayant un TSA grâce au bénévolat : les premiers pas

 (Premier de deux articles)

Par Laurie Pearce 

Comme de nombreux autres parents d’enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA), je trouve que réfléchir à l’avenir peut avoir un effet carrément paralysant. Pour contrer cet effet, j’ai décidé de concentrer mes efforts à aider mon fils à se préparer à occuper un emploi quelconque à la fin de ses études. La priorité n’est pas de le préparer à faire carrière, mais plutôt d’élargir l’éventail des possibilités qui s’offriront à lui, à sa sortie de l’école, pour lui permettre de donner un sens à sa vie. Cet article formule quelques suggestions à l’intention de parents qui partagent des objectifs similaires; je crois que ces suggestions peuvent s’appliquer à tous les adolescents ayant un TSA, peu importe la gravité de celui-ci.

Créer un premier emploi à domicile

Vous n'avez pas besoin de chercher loin pour trouver des façons d’aider votre enfant ou votre adolescent à développer des aptitudes à l’emploi : regardez tout simplement autour de vous à la maison. S’acquitter de corvées ménagères ne représente pas seulement une façon de faire sa part dans le foyer familial, mais c’est aussi un outil inestimable pour aider votre enfant à acquérir des compétences utiles et un sens de la responsabilité.

Même la tâche ménagère la plus simple peut contribuer à l’acquisition de compétences de base. Par exemple, pour vider le lave‑vaisselle, l’enfant doit savoir où ranger chaque chose, comment les trier (par exemple, ranger séparément les cuillères, les fourchettes, etc.) et comment manipuler les objets fragiles. La bonne vieille méthode qui consiste à laver la vaisselle à la main est encore meilleure puisqu’il faut savoir par exemple comment faire couler l’eau jusqu’à ce qu’elle atteigne une température adéquate, exercer une pression suffisante pour laver la vaisselle et travailler en collaboration avec d’autres (par exemple, la personne qui essuie la vaisselle). 

  • Choisissez des tâches routinières (laver ou ranger la vaisselle, passer le balai, sortir les ordures ménagères ou le bac de recyclage, etc.) plutôt que des tâches qui sont accomplies moins souvent (nettoyer à fond le sous‑sol, ramasser les feuilles, laver les fenêtres). Votre enfant pourra ainsi s’exercer régulièrement.
  • Choisissez des tâches que votre enfant pourra accomplir relativement vite de manière à soutenir son intérêt et favoriser sa réussite.
  • Choisissez des tâches clairement définies et dont le résultat est perceptible visuellement. L’évaluation de l’état de propreté d’un plancher peut varier selon vos normes de propreté, mais déterminer que le lave‑vaisselle a été entièrement vidé de son contenu ne prête pas à discussion. L’enfant sera lui‑même en mesure de constater que le travail a été mené à bien.
  • Ne choisissez pas des tâches qui doivent être accomplies dans un délai très court et qui nécessitent la manipulation d’objets fragiles ou exigent beaucoup de précision. Ces tâches seront une nouvelle source de stress, non seulement pour votre enfant qui aura peut‑être beaucoup de mal à s’en acquitter convenablement, mais aussi pour vous qui éprouverez peut‑être de la difficulté à vous montrer patient et à résister à l’envie de les faire à sa place (ou de refaire son travail quand il aura terminé).
  • Ajoutez à l’horaire de votre enfant les tâches qui lui sont confiées.
  • L’idéal serait de choisir des tâches qui comportent des éléments de motivation pour votre enfant. Par exemple, ranger ses jeux vidéo l’intéressera peut-être davantage que de ranger les produits d’épicerie. Ou encore, à l’épicerie, il acceptera peut‑être plus volontiers de trouver des produits dans l’allée des grignotines que dans celle des légumes.
  • Prenez tous les moyens nécessaires pour montrer à votre enfant comment accomplir une tâche et faire en sorte qu’il réussisse dès le début. Il faudra peut‑être opter pour l’enchaînement à rebours (p. ex., exiger qu’il range uniquement les ustensiles, ce qui représente la dernière étape de la tâche), utiliser des appuis visuels (p. ex., mettre une étiquette sur les placards de la cuisine pour en indiquer le contenu) ou réduire la charge de travail (p. ex., commencer avec un lave‑vaisselle presque entièrement vidé).
  • Choisissez un moment approprié pour enseigner à votre enfant comment accomplir une tâche (p. ex., une demi‑heure avant l’arrivée de ses grands‑parents pour le souper ou dix minutes avant celle de l’autobus scolaire ne sont pas des moments appropriés).
  • Recourez aux mêmes stratégies que vous utilisez habituellement lorsque votre enfant entreprend une nouvelle activité : beaucoup d’éloges et de renforcement, estompage des incitations et rehaussement des exigences.
  • À mesure que l’enfant se sentira à l’aise pour accomplir des tâches, augmentez le fardeau de ses responsabilités, soit en lui confiant d’autres tâches, soit en le rendant plus responsable d’une tâche qu’il assume déjà. Ajoutez des tâches qui l’obligeront à en déterminer lui-même la nécessité (p. ex., la poubelle de la cuisine est presque pleine), de façon à ce qu’il ne compte pas toujours sur vous pour lui indiquer ce qu’il doit faire. 

L’argent comme principal agent renforçateur

Le fait de rémunérer votre enfant pour les corvées ménagères qu’il accomplit, et pour un travail bénévole le temps venu, présente de nombreux avantages. Aucun exercice ou logiciel de mathématiques, et aucune feuille de calcul ne peut enseigner à un enfant la valeur de l’argent comme le fait d’avoir de l’argent de poche à dépenser.

Décidez à l’avance du montant de la rémunération, et sur quelle base le travail sera rémunéré, selon la tâche ou selon le temps qui y est consacré (p. ex., allez‑vous le rémunérer en fonction du volume de papier déchiqueté ou du temps qu’a nécessité le déchiquetage de documents). Décidez également des contraintes à imposer quant à l’utilisation de l’argent gagné. Je vous suggère de ne pas aborder tout de suite l’idée de réaliser des économies. Attendez que votre enfant se familiarise avec les concepts d’achat et de « rapport qualité‑prix ». Au début, permettez‑lui de dépenser tout l’argent gagné en achetant ce qu’il veut quand il veut (vous aurez peut‑être à aménager son horaire de « travail » pour qu’il puisse faire des courses tout de suite après).

Permettre à son enfant de dépenser à sa guise donne de meilleurs résultats lorsque l’objet convoité est relativement bon marché et, encore mieux, lorsqu’il en existe différentes sortes et dimensions. Mon fils est friand de Coke et de Pepsi. Il a vite compris que tel volume de travail lui permettait d’acheter une cannette de boisson gazeuse, qu’un volume plus grand lui permettait d’en acheter une bouteille, et un volume beaucoup plus grand, une bouteille et des friandises. Cela m’a permis d’introduire graduellement la notion de coûts comparatifs. Après avoir consulté les circulaires, mon fils décide s’il veut parcourir une distance plus grande pour acheter une bouteille qui coûte moins cher au magasin à un dollar ou payer plus cher au dépanneur du coin, qui est plus proche et plus accessible.  Comme l’argent lui appartient, c’est à lui de choisir et c’est à lui également d’assumer les conséquences des achats qu’il regrette parfois.

Quand votre enfant aura compris que le travail s’échange contre de l’argent et que l’argent permet d’exercer un pouvoir d’achat, vous pourrez introduire des concepts plus complexes comme la réalisation d’économies en vue d’achats plus importants (moi j’emploie une balance pour lui montrer la distance qu’il lui reste à parcourir pour atteindre son objectif, mais une tirelire qui compte automatiquement les pièces qu’on y met peut faire l’affaire). Fixer des objectifs d’économies peut aussi aider à contrôler le processus d’achat : rappelez‑lui l’objet qu’il prévoit s’offrir dans une semaine ou dans un mois pour l’aider à prendre une décision plus éclairée concernant un achat qu’il veut effectuer tout de suite. Plus tard, vous pourrez introduire des concepts liés à la réalisation d’économies pour faire un achat destiné à une autre personne (p. ex., acheter un cadeau d’anniversaire ou offrir un repas).

Je trouve également utile de prévoir une tâche routinière qui est toujours à refaire (dans mon cas c’est le déchiquetage de documents) : quand mon fils a besoin immédiat d’argent pour acheter un objet convoité, il peut toujours se rabattre sur cette tâche.

Le deuxième article porte sur la transition vers le travail bénévole à l’extérieur du foyer familial.

 

Mots clés : Aptitudes à l’emploi, stratégies pédagogiques, conseils pratiques aux parents, savoir utiliser l’argent

 


1.2. Développer les aptitudes à l'emploi partie 2

Développer les aptitudes à l’emploi d’un adolescent ayant un TSA grâce au bénévolat : s’engager dans la communauté

(Deuxième d’une série de deux articles)

Par Laurie Pearce 

Commencez doucement

Lorsque la routine des tâches ménagères et les règles applicables à l’argent sont bien établies, le moment est venu d’explorer les possibilités de travail (bénévole) au sein de la communauté. Pour ce faire, utilisez une stratégie simple que j’appelle « bénévolat de guérilla ». Cherchez des travaux utiles et occasionnels, d’exécution facile, que votre enfant sera apte à effectuer : par exemple, à l’épicerie, mettre le présentoir à épices en ordre, ranger les boîtes de conserve sur les tablettes pour que les étiquettes soient bien visibles; à la bibliothèque, vérifier que les vidéos sont classés en ordre alphabétique, etc. Les tout premiers jours, créez secrètement un peu de désordre que votre enfant pourra corriger rapidement et facilement de manière à ce qu’il ne se sente pas débordé au début, puis, petit à petit, veillez à ce que des tâches plus difficiles lui soient assignées.

Assurez‑vous que l’enseignant connaît bien les capacités de votre enfant. Demandez‑lui de lui confier des tâches liées au travail, comme apporter la feuille de présence au bureau, préparer le matériel pour une activité ou faire le ménage par la suite.

Genre de bénévolat à privilégier

Essayez de trouver des activités bénévoles qui correspondent aux critères suivants : 

  • Une tâche que votre enfant est capable d’effectuer (en tout ou en partie) : cela pourrait nécessiter le développement de capacités additionnelles, autres que celles qu’exigent les tâches ménagères (voir les suggestions de ressources à la fin de cet article).
  • Une tâche qui correspond à ses intérêts : préfère‑t‑il travailler dans une épicerie ou dans une quincaillerie?
  • Une tâche qui correspond à ses capacités : l’enfant est‑il plus apte à effectuer une tâche nécessitant une motricité fine ou une tâche qui requiert moins de précision?
  • Une tâche qui se réalise dans un cadre que l’enfant peut supporter : est‑il sensible au bruit ou a‑t‑il besoin d’une certaine tranquillité? Préfère‑t‑il travailler au grand air ou à l’intérieur?
  • Une tâche qui s’exécute dans un univers familier : une nouvelle tâche peut se compliquer dans un univers inconnu. Cela est encore plus important quand c’est la première fois que l’enfant entreprend un travail bénévole.
  • Une tâche nécessitant un degré d’interaction sociale avec lequel l’enfant est confortable : par exemple, est‑il capable d’indiquer le chemin à des étrangers? Est‑il plus à l’aise dans des rencontres en personne ou au téléphone? A‑t‑il besoin de communiquer de façon non verbale?
  • Une tâche qui s’exécute dans un environnement où ses besoins sont pris en compte : p. ex., autoriser le port d’écouteurs, apposer des étiquettes pour que l’enfant puisse se familiariser avec l’environnement, organiser le milieu de travail différemment. 

Demandez aux enseignants, aux surveillants des loisirs, aux travailleurs de soutien, etc. de vous proposer des suggestions de travail bénévole qui conviendrait à votre enfant et mobiliserait toute son attention.

Où chercher des possibilités de travail bénévole

C’est après avoir trouvé des idées d’activités bénévoles que le gros travail commence : trouver un endroit où votre enfant pourrait commencer à faire du bénévolat. Renseignez‑vous d’abord auprès des entreprises et des organismes avec lesquels vous entretenez des relations, par exemple : 

  • des magasins ou des entreprises du milieu, surtout si leurs propriétaires ou leurs gérants habitent dans les environs;
  • des services locaux (journal communautaire, centre de loisirs, fournisseur de services sociaux);
  • les endroits où travaillent des membres de votre famille ou des amis;
  • un lieu qui offre des services utilisés par des membres de votre famille ou des amis (centre de loisirs, centre pour personnes âgées, église, garderie, centre sportif, école, studio de yoga, gymnase). Pour ne pas créer de confusion quant aux rôles, évitez les lieux que fréquente votre enfant à titre de participant. 

Comme pour les tâches ménagères, choisissez un travail que votre enfant peut effectuer régulièrement plutôt qu’une activité qui se déroule une seule fois : en règle générale, il est préférable que l’enfant assure la livraison du journal communautaire toutes les deux semaines au lieu de distribuer des dépliants d’information sur une activité de financement qui se déroule annuellement. De plus, comme pour les tâches ménagères, cherchez du travail qui correspond aux intérêts de votre enfant et qu’il peut accomplir assez facilement de manière à accroître son niveau d’aisance et de confiance.

Déterminez comment votre enfant sera rémunéré pour son travail. En règle générale, la rémunération du travail effectué à l’extérieur du foyer est plus élevée que celle des tâches ménagères et peut parfois être en lien avec l’endroit où il travaille (p. ex., la possibilité de se rendre dans un magasin ou un restaurant situé près de son lieu de « travail »).

Des organismes comme Charity Village et des centres locaux de bénévolat recrutent fréquemment des bénévoles en ligne. Souvent, les emplois annoncés exigeront des compétences dépassant celles de votre enfant ou concerneront des événements ponctuels, mais cela vaut quand la peine d’essayer de les obtenir. Par exemple, après avoir distribué des dépliants pour la fête annuelle d’un organisme communautaire, mon fils a été rappelé chaque fois que l’organisme avait des dépliants à distribuer pour d’autres événements. Dans un autre cas, une activité de bénévolat ayant duré 90 minutes pendant la période des Fêtes a permis à mon fils de participer à un programme d’éducation coopérative appuyé par l’école. C’est une occasion qui ne se serait jamais présentée si nous n’avions pas exploité la première possibilité de travail bénévole.

Soyez à l’affût des occasions qui se présentent – votre instinct vous avertira quand vous aurez déniché un endroit convenable et, plus important encore, trouvé des gens dont la compassion, l’intérêt et l’attitude sont de nature à favoriser la réussite de votre enfant.

L’enfant n’est pas le seul à avoir besoin de formation

Si possible, demandez à une personne autre qu’un parent d’accompagner l’enfant à son lieu de travail bénévole, question de bien marquer la séparation entre le foyer et le travail. Un travailleur de répit ou un autre aidant constitue un bon choix, tout comme un ami de confiance, ou encore l’un de ses frères et sœurs.

Prenez le temps de bien renseigner les personnes qui auront à travailler avec votre enfant sur les TSA en général et sur votre enfant en particulier, et de les informer des stratégies et du soutien dont il aura besoin. Au besoin, n’hésitez pas à demander que des adaptations soient apportées au lieu de travail et formulez des attentes raisonnables : il vaut mieux que l’« employeur » soit agréablement surpris plutôt que déçu. Attention au surveillant bien intentionné qui prend votre enfant en pitié et qui exécute le travail à sa place ou qui accepte de lui un rendement minimal : c’est une attitude qui ne lui sera pas utile à long terme.

Jetez un coup d’œil à ces excellentes ressources

Les ouvrages intitulés « Tasks Galore » et « Tasks Galore at Work » sont des appuis visuels novateurs pour organiser la formation à domicile afin que votre enfant puisse développer et mettre en pratique des aptitudes à l’emploi (p. ex., assembler, classer et trier). Voir http://www.tasksgalore.com/ pour de plus amples renseignements. Vous pourrez peut‑être les obtenir par l’entremise de l’école de votre enfant ou d’un fournisseur de services.

 

Note : Dans ce document, l’utilisation du genre masculin vise seulement à faciliter la lecture et n’a aucune intention discriminatoire.

 

Mots clés : Aptitudes à l’emploi, bénévolat, conseils pratiques aux parents

 


 

1.3. Étude de cas : Créer des possibilités d'emploi pour les personnes ayant un TSA

Par Penny Gill

Mon fils ne fait pas partie des « vedettes » chez les adultes autistes. Ses compétences en informatique sont acceptables sans être extraordinaires. Il ne possède aucune aptitude particulière pour les sciences. Ses compétences en mathématiques sont suffisantes pour répondre aux exigences du quotidien, mais pas à celles d'un projet technique ou commercial. Malgré tout, il est heureux d'occuper plusieurs emplois, parfois bénévoles, parfois rémunérés, qui l'aident à structurer sa vie au fil des semaines. Grâce à ces occupations, il est un adulte reconnu pour sa contribution à la collectivité et accepté comme membre de celle-ci. 

Comment y est-il parvenu? Certaines pièces du puzzle se sont mises en place par chance et d'autres à l'aide d'activités planifiées. Son histoire est susceptible de donner des idées pratiques ou des pistes d'adaptation aux lecteurs qui souhaitent offrir une vie satisfaisante aux adolescents et adultes ayant un TSA. 

Je préfère faire mes courses dans de petites boutiques. Cette affirmation peut sembler hors sujet, mais j'ignorais que cette préférence allait un jour aider mon fils à trouver un emploi. C'est pourtant ce qui s'est produit. J'achète tous mes livres dans certaines librairies indépendantes. Lorsque je me suis rendu compte que l'intérêt de mon fils à conserver ses propres livres en bon ordre pourrait se traduire en emploi dans une librairie, il était beaucoup plus facile d'en discuter avec le propriétaire d'une petite librairie, où j'étais connue comme une « habituée » de longue date, qu'avec un gérant inconnu dans une succursale d'une chaîne importante. 

Mon fils travaille actuellement dans le rayon des livres d'occasion de cette librairie et se charge de maintenir l'inventaire en ordre alphabétique par nom d'auteur dans chaque section. Les librairies d'occasion sont un lieu de travail par excellence pour les personnes ayant un TSA qui aiment l'ordre. Non seulement elles ont souvent besoin d'organiser leurs collections, mais elles sont aussi généralement des endroits paisibles et peu achalandés. De ce fait, elles incarnent des lieux conviviaux pour les personnes ayant un TSA. 

Mon fils a débuté à titre d'employé bénévole, mais est finalement devenu un employé rémunéré à temps partiel. Certains considèrent le bénévolat dans une entreprise commerciale comme de l'exploitation. Je ne partage pas cet avis. De nombreux employeurs potentiels se montrent réticents à engager une personne ayant un TSA sans d'abord les prendre à l'essai. Les employeurs perçoivent le congédiement comme un véritable cauchemar et la plupart d'entre eux auront des incertitudes légitimes quant à savoir si l'embauche d'une personne ayant un TSA se terminera par un licenciement. Compte tenu du portrait des personnes ayant un TSA couramment véhiculé par les médias, cette situation n'est guère surprenante. 

Le fait de reconnaître cette réalité et de l'intégrer dans la façon dont vous approchez un employeur vous permettra d'atteindre des résultats optimaux. Ma méthode habituelle consiste à suggérer à l'employeur de prendre mon fils à l'essai. Je leur précise explicitement que, dans l'hypothèse où cet arrangement se révèle infructueux, nous ne leur en tiendrons pas rigueur et nous n'insisterons pas pour faire perdurer une situation insatisfaisante. Cette promesse est généralement suffisante pour convaincre les employeurs de faire un essai. 

Si tout se passe bien, certains employeurs enclencheront le processus d'embauche, comme ce fut le cas pour mon fils à la librairie de livres usagés. Si l'occasion ne se présente pas, vous pouvez suggérer à l'employeur d'envisager une transition vers un emploi rémunéré. Certains accepteront, d'autres non. En cas de refus, vous devez tenir compte de la situation personnelle, tant de l'employeur que de la personne ayant un TSA, pour décider de l'opportunité de maintenir cette dernière dans son emploi à titre bénévole. Le fait d'abandonner cette activité créera-t-il un vide au quotidien? Est-ce préférable au bénévolat? Si cette personne garde son emploi, peut-elle miser sur cette expérience pour se trouver un autre emploi? La portée des facteurs à prendre en compte variera en fonction de la situation personnelle de chacun. 

Mon fils a débuté comme vérificateur de rayons bénévole à la bibliothèque publique locale dans le cadre du programme d’éducation coopérative de son école secondaire. Le programme d’éducation coopérative a atteint des sommets grâce à mes suggestions de possibilités d'emploi dans des lieux particuliers. Le personnel de l'école a, par la suite, effectué des démarches auprès des employeurs proposés pour mettre le processus en branle pour mon fils. 

Classer correctement les livres replacés incorrectement dans les rayons (que ce soit par les utilisateurs ou les employés de la bibliothèque) peut se révéler une tâche fastidieuse, mais mon fils appréciait la minutie et le caractère prévisible associés à cette tâche. Vérifier chaque livre un à un, rayon par rayon, allée par allée, constituerait un cauchemar de monotonie pour plusieurs, mais pas pour lui. Grâce à son travail, les bibliothécaires et les assistants de bibliothèque avaient plus de temps pour s'acquitter d'autres tâches, notamment répondre aux questions des utilisateurs, leur enseigner le fonctionnement des terminaux d'ordinateur ou d'emprunt automatisé - des tâches qui requièrent des habiletés d'interaction sociale que mon fils ne maîtrise pas. 

Après un certain temps, j'ai tenu à remercier la bibliothécaire de lui avoir offert cette occasion et à lui mentionner à quel point il appréciait son travail. Il a conservé cet emploi coopératif jusqu'à la fin de ses études secondaires. À ce moment, j'ai rencontré la bibliothécaire de nouveau pour lui demander s'il pouvait garder cet emploi à titre bénévole. J'ai été ravie d'obtenir une réponse favorable. À ce jour, il se rend deux fois par semaine à la bibliothèque pour vérifier les rayons, plus seulement ceux des romans, mais aussi ceux des collections en gros caractères et des DVD. 

Je n'ai jamais exigé que cet emploi soit rémunéré. Je suis pleinement au courant des coupures importantes qu'a connu le budget de la bibliothèque au fil des ans. Celles-ci ont eu pour effet de réduire le nombre de postes, pas de l'augmenter. En outre, non seulement il aime son travail, mais celui-ci meuble ses journées, donne la chance au public d'apprendre à le connaître et a pavé la voie à l'obtention d'un tout nouvel emploi rémunéré. 

Dès la fin de ses études secondaires, mon fils est devenu bénévole dans la bibliothèque d'un cabinet d'avocats. Cette possibilité d'emploi provenait d'un ambassadeur de bonne volonté comme c'est souvent le cas pour les personnes ayant un TSA. Cet ambassadeur de bonne volonté ne travaillait pas dans ce cabinet, mais y connaissait des avocats à qui il a proposé d'embaucher mon fils. L’expérience de bénévole à la bibliothèque publique qui figurait dans son C.V. lui a ouvert cette porte. Il avait définitivement du travail à faire dans la bibliothèque. Ce poste était différent de celui qu'il occupait à la bibliothèque publique, mais cette expérience lui a donné toute la crédibilité voulue pour obtenir le poste. 

Ses tâches à la bibliothèque de droit consistent à mettre à jour les ouvrages d'usage courant. Les ouvrages d'usage courant sont des cartables à anneaux à couverture rigide qui contiennent les plus récentes mises à jour sur diverses questions juridiques. Les éditeurs d'ouvrages juridiques publient régulièrement des paquets de feuilles imprimées à insérer dans ces ouvrages afin de les maintenir à jour. Les directives sur les pages désuètes à retirer et les nouvelles feuilles à insérer sont faciles à suivre. 

Je décris ces tâches en détails tout simplement parce ce qu’elles cadrent tout à fait avec les compétences de nombreuses personnes ayant un TSA. Tout cabinet d'avocats de moyenne ou grande taille possède sa propre bibliothèque de droit et chacune compte des ouvrages d'usage courant qui nécessitent des mises à jour. 

Lorsque le libraire a commencé à rémunérer mon fils pour son travail, j'ai décidé de demander, avec succès, au cabinet d'avocats de faire de même. Il s'agit d'un excellent travail, un travail qui doit être fait et qui est fréquemment négligé au sein des cabinets, car les employés sont toujours très occupés. Il s'agit aussi d'un travail que d'autres personnes ayant un TSA pourraient apprécier. 

Mon fils a aussi occupé un autre emploi  à l'épicerie locale, dans le cadre du programme d’éducation coopérative de son école secondaire. Son premier mandat consistait à remettre les chariots et paniers d'épicerie à leur place et à déposer les articles dans les voitures des clients. Une amie qui ignorait que mon fils occupait cet emploi a déjà déclaré qu'elle ne laisserait jamais son fils (qui a un TSA et possède exactement les mêmes compétences que mon fils) récupérer des paniers d'épicerie. Néanmoins, cet emploi constituait un bon point de départ en vue de s'acquitter d'autres tâches à l'épicerie. Les employés ont appris à le connaître, puis on lui a donné l'occasion d'approvisionner les rayons, d'y retirer les aliments périmés, de faire du marchandisage (disposer les articles à l'avant de l'étagère), d'actionner le broyeur à carton du programme de recyclage, d'approvisionner suffisamment le rayon des fruits et légumes, de replacer les articles que les clients avaient laissés derrière eux ou placés au mauvais endroit, d'aller vérifier des prix à la demande du caissier et ainsi de suite. Il existe un éventail de tâches auxquelles peuvent exceller les personnes ayant un TSA dans une épicerie. Pour mon fils, le point de départ a été de récupérer les paniers pour les remettre à leur place, une tâche qu'il accomplit encore aujourd'hui. 

Le fils de mon amie a occupé peu d'emplois au cours de sa vie, même s'il possède clairement un ensemble de compétences appropriées pour de nombreux postes. Il y a sans doute une leçon à tirer de cette situation : il vaut mieux réfléchir avant de lever le nez sur certains emplois, car ils pourraient convenir parfaitement à la personne que vous aidez et engendrer d'autres possibilités d'emploi. 

Le tout premier emploi de mon fils était camelot pour le journal de la collectivité. Il s'agissait d'un début important. C'est lorsqu'elle a appris que mon fils avait passé une entrevue pour obtenir cet emploi que l'école secondaire a décidé de le faire participer au programme d’éducation coopérative. Son travail de camelot lui a permis de se faire connaître davantage dans la collectivité. Il a laissé cet emploi peu après la fin de ses études secondaires. Cet employeur l'a rappelé huit ans plus tard pour lui demander s’il aimerait recommencer à travailler comme camelot. Lorsque je lui ai posé la question, il a répondu par l'affirmative sans la moindre hésitation. 

Lors de sa première journée de travail, une cliente de longue date s'est ruée à l'extérieur pour le saluer : « J'ai bien cru que c'était toi, je t'ai aperçu de ma fenêtre », s'est-elle exclamée avec un sourire. « Je suis si contente de te revoir! Je t'ai toujours trouvé merveilleux! ». Même si son salaire de camelot est plutôt dérisoire, il semble que les gratifications associées à cet emploi transcendent la question de la compensation financière. 

Voici un résumé de certaines stratégies auxquelles nous avons eu recours pour favoriser une vie professionnelle active et participative chez mon fils : 

  • Toute expérience de travail, aussi modeste soit-elle, est utile pour améliorer un C.V. et peut mener à des possibilités d'emploi élargies;
  • Le bénévolat favorise une structure au quotidien, permet aux autres d'apprendre à connaître la personne ayant un TSA et peut éventuellement se traduire en emploi rémunéré, dans ce poste ou dans un autre;
  • Les ambassadeurs de bonne volonté qui connaissent les membres d'une organisation peuvent tenter de trouver des possibilités d'emploi pour les personnes autistes;
  • Le client régulier d'une entreprise ou d'une organisation peut jouer le rôle d’ambassadeur de bonne volonté à ce chapitre;
  • Un employeur potentiel qui se montre réticent à embaucher un employé autiste pourrait être enclin à lui offrir un poste si vous reconnaissez ou atténuez ses craintes;
  • Un ensemble de postes à temps partiel et bénévoles peut offrir un encadrement hebdomadaire aussi efficace qu'un emploi à temps plein;
  • Repérez les tâches pouvant convenir à des personnes autistes dans tous les lieux que vous visitez, que ce soit la salle de quilles, le club de golf, le cinéma, le musée, le garage, le jardin zoologique, la boulangerie, le centre de conditionnement physique, le fleuriste ou la pharmacie;
  • Contribuez à l'amélioration des programme d’éducation coopérative en suggérant des lieux de travail particuliers et des emplois qui conviennent aux personnes ayant un TSA;
  • Lorsqu'une personne ayant un TSA débute un emploi, son tuteur (parent, gardien, directeur d'un centre de logement avec services de soutien) devrait se rendre sur le lieu de travail pour remercier l'employeur de lui avoir offert ce poste et pour s'informer de son degré de satisfaction à l'égard du travail accompli à ce jour et aussi du degré de satisfaction du nouvel employé.

 

Mots clés : emploi, compétences professionnelles, bénévolat

1.4. Trouver et conserver un emploi

Le présent article se veut un résumé de certains éléments d’information contenus dans un rapport récent intitulé Diversity in Ontario’s Youth and Adults with Autism Spectrum Disorders: Complex Needs in Unprepared Systems.  

Par Claudia Accardi, MServSoc, TSI et Sarah Duhaime, MServSoc, TSI, The Redpath Centre

Les jeunes et les adultes qui présentent un  trouble du spectre de l’autisme (TSA) ont souvent de la difficulté à trouver et conserver un emploi intéressant. Leur sous-emploi est également préoccupant puisque bon nombre d’entre eux sont affectés à des postes dont les exigences sont très inférieures à leurs compétences, à leurs connaissances ou à leur formation. L’emploi et l’autosuffisance financière rehaussent l’estime de soi et le niveau d’indépendance, et réduit le recours aux programmes de soutien du revenu.

Les recherches sur l’emploi et les services offerts au Canada aux personnes qui présentent un TSA sont plutôt rares. Au cours de l’étude que nous avons réalisée récemment en Ontario auprès de 480 jeunes (16 ans et +) et adultes vivant avec un TSA (Stoddart et al., 2013), des familles et des personnes autistes nous ont parlé de leur situation au regard de l’emploi et de leurs expériences en milieu de travail. Seulement 13,9 % des participants âgés de 20 ans et plus pouvaient compter sur un emploi à temps plein comme principale source de revenu alors que 6,1 % d’entre eux étaient titulaires d’un emploi à temps partiel. De plus, la majorité des répondants (58,2 %) tiraient leur principale source de revenu du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH).

La même étude a révélé que 30 % des personnes employées travaillaient dans le domaine « des ventes et des services ». Ce constat signifie que, même si les personnes présentant un TSA ne possèdent pas naturellement les compétences générales requises pour interagir avec les autres et bien fonctionner dans ces types de milieux, ces postes de premier échelon, axés sur les services, sont souvent les seuls qui leur sont accessibles. Par ailleurs, « les affaires, les finances et l’administration » étaient les principaux domaines d’emploi de 15,1 % des participants.

D’autres études ont été menées dans le domaine des TSA et de l’emploi; il faudrait cependant examiner de plus près les résultats des interventions d’ordre professionnel qui ciblent expressément les jeunes et les adultes présentant un TSA. Au Royaume-Uni, Mawhood et Howlin (1999) ont réalisé une étude sur les résultats d’un soutien d’ordre professionnel offert aux personnes autistes comparativement à celui d’un groupe témoin qui n’avait reçu aucun soutien de cette nature; ces chercheurs ont conclu que les participants du premier groupe touchaient des salaires plus élevés, travaillaient plus longtemps et affichaient une plus grande satisfaction au travail que ceux du groupe témoin.

Dans leur analyse des avantages et des coûts monétaires des adultes qui travaillaient dans leurs collectivités respectives aux États‑Unis, Cimera et Burgess (2011) ont eux aussi fait ressortir les bénéfices des programmes de formation professionnelle pour les personnes présentant un TSA. Ces chercheurs ont conclu que, dans tous les États, les personnes qui participaient aux programmes de formation professionnelle obtenaient un avantage financier par rapport aux coûts de la formation.

Que nous soyons des fournisseurs de services, des parents ou des personnes vivant avec un TSA, notre défi consiste non seulement à accroître le nombre de jeunes et d’adultes autistes qui occupent un emploi, mais aussi à nous assurer que cet emploi est intéressant de longue durée

Les obstacles à l’emploi auxquels sont confrontés les jeunes et les adultes qui ont un TSA

  • Se préparer et se présenter à une entrevue – difficulté à gérer leur anxiété, à décoder les indices sociaux, à fournir les renseignements nécessaires.
  • Interactions sociales avec les collègues, sens de l’organisation, défis sensoriels.
  • Les tâches à accomplir ne sont pas toujours perçues comme exigeantes, enrichissantes ou intéressantes.
  • Les collègues et les patrons comprennent mal les comportements et les difficultés de la personne autiste.
  • Méconnaissance générale des compétences dont une personne autiste peut faire bénéficier son milieu de travail.
  • Formation qui ne répond pas aux besoins particuliers de la personne qui vit avec un TSA et ne tient pas non plus compte de ses autres traits distinctifs.
  • Difficulté à se défendre soi-même : partager des informations sur ses besoins personnels et les aménagements en matière d’emploi qui pourraient lui être utiles.

Recommandations à l’intention de la collectivité

  • Augmenter le nombre de programmes de soutien à l’emploi qui ciblent expressément les personnes qui présentent un TSA.
  • Intensifier la formation des travailleurs de première ligne dans les agences générales de placement afin qu’ils comprennent mieux les points forts et les besoins de la population autiste.
  • Adapter les programmes d’emploi existants aux besoins particuliers de la population autiste.
  • Renseigner les employeurs sur les méthodes les plus efficaces pour développer les talents et tenir compte des préférences des employés qui ont un TSA.
  • Améliorer les services de transition offerts aux élèves autistes dans les écoles secondaires et les établissements d’études supérieures afin de les préparer à entrer sur le marché du travail.
  • Accroître la recherche sur les interventions d’ordre professionnel auprès des personnes autistes dans le but de mieux comprendre et réclamer les services dont ils ont besoin.
  • Ouvrir des possibilités pour les personnes autistes qui aimeraient devenir des entrepreneurs –contribution aux frais de démarrage d’une entreprise, formation en finances et en gestion, mentorat, etc.
  • Offrir un meilleur encadrement professionnel et un meilleur soutien à l’emploi aux personnes autistes qui ont réussi à entrer sur le marché du travail, mais qui peinent parfois à satisfaire aux exigences de leur poste actuel.

Recommandations à l’intention de la personne concernée et de sa famille

  • S’inscrire aux programmes d’études coopératives offerts à l’école secondaire, faire du bénévolat dans la collectivité et tenter d’obtenir un emploi d’été pour acquérir de l’expérience dans différents contextes.\
  • S’inscrire à des programmes centrés sur l’emploi, sur les aptitudes à la vie quotidienne et sur l’acquisition d’habiletés sociales, autant de façons de se préparer à devenir un adulte autonome.
  • Mettre la personne autiste en contact avec des membres de sa famille et des amis qui sont en mesure de la renseigner sur certains types d’emplois ou de carrières.
  • Faire participer la personne qui a un TSA à des activités de jumelage / observation.
  • Veiller à ce que la personne autiste acquiert de solides aptitudes à l’autodéfense afin qu’elle soit en mesure de bien communiquer avec l’employeur pour l’informer de ses principales compétences et de ses besoins.
  • Commencer à discuter de planification de carrière le plus tôt possible à l’adolescence afin d’assurer le succès de la transition vers le monde du travail.
  • Mettre en lumière les points forts, les habiletés, les intérêts, les talents et le style cognitif de la personne qui vit avec un TSA.
  • Lui faire passer des tests d’évaluation psycho-professionnelle.
  • Ne pas simplement chercher un emploi, mais un emploi qui « convient » à la personne qui présente un TSA.
  • Lorsque le travail autonome est viable, évaluer les talents de la personne concernée, déterminer si le produit ou le service qu’elle offre peut trouver preneur, renforcer ses compétences en gestion d’entreprise et vous renseigner sur les programmes de mentorat et de formation sur la petite entreprise qui pourraient lui être utiles.

Bibliographie

Cimera, R. E. et S. Burgess, S. « Do adults with autism benefit monetarily from working in their communities? » dans Journal of Vocational Rehabilitation, vol. 34, no 3, p. 173-180.
Mawhood, L. et P. Howlin. « The outcome of a supported employment scheme for high-functioning adults with Autism or Asperger Syndrome » dans Autism:International Journal of Research and Practice, vol. 3, no 3, p. 229–254.
Stoddart, K.P., L. Burke, B. Muskat, J. Manett, S. Duhaime, C. Accardi, P. Burnham Riosa et E. Bradley. Diversity in Ontario’s Youth and Adults with Autism Spectrum Disorders: Complex Needs in an Unprepared System, Toronto, Ont., The Redpath Centre, 2013.

Au sujet des auteurs

Claudia Accardi, MServSoc, est adjointe de recherche au Redpath Centre et à la Faculté de travail social Factor-Inwentash de l’Université de Toronto. Madame Accardi participe à différents projets de recherche dont l’un, en voie de réalisation, sur les relations conjugales dans les familles d’enfants qui présentent un TSA. Elle s’intéresse notamment à l’évaluation des programmes et à la recherche qui ciblent les TSA, aux troubles du développement et aux troubles d’apprentissage.

Sarah Duhaime, MServSoc, est animatrice de cours de préparation à l’emploi et d’apprentissage de l’autonomie fonctionnelle au Redpath Centre et coordonnatrice des services de soutien aux familles à Autisme Ontario. Au Redpath Centre, elle offre des services d’orientation aux personnes qui occupent des postes de premier échelon ou sont en milieu de carrière et qui éprouvent des difficultés à trouver et conserver un emploi enrichissant.

 

1.5. La transition vers l'emploi

Honnête, loyal, très déterminé, créateur, logique et attentif aux détails… Ce sont là certains des traits de personnalité souvent attribués aux personnes qui vivent avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA).

Voudriez-vous embaucher quelqu’un qui possède ces traits de personnalité?

Voudriez-vous embaucher une personne dont le taux d’assiduité au travail et de maintien en fonction est supérieur à la moyenne?

Vous avez probablement répondu « oui » à ces deux questions; pourtant, 86 % des adultes qui ont un TSA sont sans emploi ou sous-employés en Ontario. La majorité (58 %) d’entre eux ont comme principale source de revenus les prestations qui leur sont versées au titre du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées.

Dans le cas des personnes vivant avec un TSA, il faut amorcer plus tôt la planification de leur transition vers la vie adulte!

Pour ce qui est de l’emploi, les élèves qui ont reçu un diagnostic de TSA ont besoin de plus d’aide sur les plans suivants :

  • Les interactions sociales avec les collègues de travail, les compétences organisationnelles et les défis sensoriels.
  • Rendre le travail stimulant, valorisant et/ou significatif.
  • Comprendre les différents rôles et les différentes carrières – les personnes qui vivent avec un TSA ont souvent de la difficulté à entrevoir et imaginer à quoi peuvent ressembler les expériences vécues par quelqu’un d’autre (c’est ce qu’on appelle la Théorie de l’esprit).
  • Se préparer et se présenter à une entrevue — les personnes qui vivent avec un TSA ont souvent de la difficulté à gérer leur anxiété, à décoder les indices sociaux et/ou à communiquer l’information requise.
  • Autonomie sociale – transmettre des informations concernant leurs besoins personnels et les aménagements de leur lieu de travail qui leur seraient utiles.
  • Santé mentale – s’assurer que la personne possède la stabilité psychologique nécessaire pour s’intégrer dans un milieu de travail. Bon nombre des personnes qui ont un TSA souffrent aussi de troubles de santé mentale, comme l’anxiété ou la dépression.

Les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes qui ont un TSA tiennent aussi au fait que la population est généralement peu renseignée sur les forces et les habiletés dont elles peuvent faire bénéficier leur milieu de travail.

Des idées pour les écoles

  • Orienter les élèves vers les programmes d’enseignement coopératif qui leur offrent des possibilités de faire des stages de travail dans la collectivité et ainsi explorer leurs champs d’intérêts.
  • Apprendre aux superviseurs de l’enseignement coopératif à cultiver les talents des jeunes qui vivent avec un TSA et à tenir compte de leurs préférences. Veiller à mettre en place un plan de formation qui correspond à leurs styles d’apprentissages respectifs.
  • Encourager les personnes qui ont un TSA à devenir bénévoles en leur offrant des possibilités de bénévolat et en les aidant à se préparer pour ce genre d’activités.
  • Rendre obligatoire la participation à des rencontres axées sur la planification de carrière et la transition vers le monde du travail. Les élèves qui ont reçu un diagnostic de TSA ont parfois besoin de plus de temps pour envisager et comprendre les différentes possibilités de carrière. Des rencontres supplémentaires les aideront à choisir leur parcours professionnel.
  • Déterminer leurs forces, leurs habiletés, leurs intérêts, leurs talents et leurs styles cognitifs à l’aide des outils d’évaluation disponibles dans toutes les écoles de l’Ontario.
  • Établir des relations avec les programmes de transition, les collèges et les services d’emploi de la collectivité locale.
  • Veiller à ce que les jeunes adultes participent à la mise en Ĺ“uvre de leur Plan d’enseignement individualisé (PEI).

Des idées pour les personnes et les familles

  • Participer aux travaux d’entretien ménager et assumer les responsabilités qui vous ont été attribuées à la maison. Une allocation monétaire pour les tâches accomplies, ou toute forme de récompense, constituera probablement un bon facteur de motivation.
  • Faire du bénévolat dans la collectivité et chercher un emploi d’été afin d’acquérir de l’expérience dans divers contextes.
  • S’inscrire à des programmes centrés sur l’emploi, sur les compétences de la vie autonome et sur les habiletés sociales qui préparent à l’autonomie une fois parvenu à l’âge adulte.
  • Encourager les jeunes qui vivent avec un TSA à « interviewer » des membres de leur famille et des amis pour se renseigner sur certains emplois ou certaines carrières.
  • Les inscrire à des programmes de préparation à l’emploi ou de stages en milieu de travail.
  • Aider les jeunes adultes à développer des habiletés à défendre leurs intérêts afin qu’ils soient en mesure de bien informer l’employeur de leurs forces et de leurs besoins.
  • Déterminer leurs forces, leurs habiletés, leurs intérêts, leurs talents et leurs styles cognitifs.
  • Procéder à des évaluations psycho-professionnelles.
  • Dans les cas où le travail indépendant semble une option viable, évaluer les talents de la personne, soupeser ses chances de réussir à vendre un produit ou un service, l’aider à cultiver ses talents d’entrepreneur et vous renseigner sur les possibilités de formation et de mentorat au sein de petites entreprises.

 

 

Rédaction : Sarah Duhaime, MServSoc, TSI – Coach de préparation à la vie autonome et à l’emploi au Redpath Centre.

Le Redpath Centre (à Toronto, en Ontario) s’efforce de répondre aux besoins sociaux et émotionnels d’enfants, d’adolescents et d’adultes qui ont reçu un diagnostic de syndrome d’Asperger et d’autres troubles de santé mentale, en misant sur les pratiques exemplaires, sur la collaboration intersectorielle, sur l’éducation et sur la recherche. Des cliniciens expérimentés facilitent notre travail grâce à leur connaissance approfondie du syndrome d’Asperger et de troubles connexes. Pour de plus amples renseignements, visitez notre site Web : www.redpathcentre.ca.

Documents de référence

Accardi, C., et S. Duhaime. « Trouver et conserver un emploi », Base de connaissances d’Autisme Ontario, www.autismontario.com.

Baron-Cohen, S., Leslie, A.M. et U. Frith. « Does the Autistic Child have a “Theory of Mind”? », Cognition, vol. 21, no 1, p. 37-46 (1985).

Stoddart, K.P., L. Burke, B. Muskat, J. Manett, S. Duhaime, C. Accardi, P. Burnham Riosa, et E. Bradley. Diversity in Ontario’s Youth and Adults with Autism Spectrum Disorders: Complex Needs in an Unprepared System, Toronto (ON), The Redpath Centre, 2013.