Développer les aptitudes à l'emploi partie 1

Développer les aptitudes à l’emploi d’un adolescent ayant un TSA grâce au bénévolat : les premiers pas

 (Premier de deux articles)

Par Laurie Pearce 

Comme de nombreux autres parents d’enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA), je trouve que réfléchir à l’avenir peut avoir un effet carrément paralysant. Pour contrer cet effet, j’ai décidé de concentrer mes efforts à aider mon fils à se préparer à occuper un emploi quelconque à la fin de ses études. La priorité n’est pas de le préparer à faire carrière, mais plutôt d’élargir l’éventail des possibilités qui s’offriront à lui, à sa sortie de l’école, pour lui permettre de donner un sens à sa vie. Cet article formule quelques suggestions à l’intention de parents qui partagent des objectifs similaires; je crois que ces suggestions peuvent s’appliquer à tous les adolescents ayant un TSA, peu importe la gravité de celui-ci.

Créer un premier emploi à domicile

Vous n'avez pas besoin de chercher loin pour trouver des façons d’aider votre enfant ou votre adolescent à développer des aptitudes à l’emploi : regardez tout simplement autour de vous à la maison. S’acquitter de corvées ménagères ne représente pas seulement une façon de faire sa part dans le foyer familial, mais c’est aussi un outil inestimable pour aider votre enfant à acquérir des compétences utiles et un sens de la responsabilité.

Même la tâche ménagère la plus simple peut contribuer à l’acquisition de compétences de base. Par exemple, pour vider le lave‑vaisselle, l’enfant doit savoir où ranger chaque chose, comment les trier (par exemple, ranger séparément les cuillères, les fourchettes, etc.) et comment manipuler les objets fragiles. La bonne vieille méthode qui consiste à laver la vaisselle à la main est encore meilleure puisqu’il faut savoir par exemple comment faire couler l’eau jusqu’à ce qu’elle atteigne une température adéquate, exercer une pression suffisante pour laver la vaisselle et travailler en collaboration avec d’autres (par exemple, la personne qui essuie la vaisselle). 

  • Choisissez des tâches routinières (laver ou ranger la vaisselle, passer le balai, sortir les ordures ménagères ou le bac de recyclage, etc.) plutôt que des tâches qui sont accomplies moins souvent (nettoyer à fond le sous‑sol, ramasser les feuilles, laver les fenêtres). Votre enfant pourra ainsi s’exercer régulièrement.
  • Choisissez des tâches que votre enfant pourra accomplir relativement vite de manière à soutenir son intérêt et favoriser sa réussite.
  • Choisissez des tâches clairement définies et dont le résultat est perceptible visuellement. L’évaluation de l’état de propreté d’un plancher peut varier selon vos normes de propreté, mais déterminer que le lave‑vaisselle a été entièrement vidé de son contenu ne prête pas à discussion. L’enfant sera lui‑même en mesure de constater que le travail a été mené à bien.
  • Ne choisissez pas des tâches qui doivent être accomplies dans un délai très court et qui nécessitent la manipulation d’objets fragiles ou exigent beaucoup de précision. Ces tâches seront une nouvelle source de stress, non seulement pour votre enfant qui aura peut‑être beaucoup de mal à s’en acquitter convenablement, mais aussi pour vous qui éprouverez peut‑être de la difficulté à vous montrer patient et à résister à l’envie de les faire à sa place (ou de refaire son travail quand il aura terminé).
  • Ajoutez à l’horaire de votre enfant les tâches qui lui sont confiées.
  • L’idéal serait de choisir des tâches qui comportent des éléments de motivation pour votre enfant. Par exemple, ranger ses jeux vidéo l’intéressera peut-être davantage que de ranger les produits d’épicerie. Ou encore, à l’épicerie, il acceptera peut‑être plus volontiers de trouver des produits dans l’allée des grignotines que dans celle des légumes.
  • Prenez tous les moyens nécessaires pour montrer à votre enfant comment accomplir une tâche et faire en sorte qu’il réussisse dès le début. Il faudra peut‑être opter pour l’enchaînement à rebours (p. ex., exiger qu’il range uniquement les ustensiles, ce qui représente la dernière étape de la tâche), utiliser des appuis visuels (p. ex., mettre une étiquette sur les placards de la cuisine pour en indiquer le contenu) ou réduire la charge de travail (p. ex., commencer avec un lave‑vaisselle presque entièrement vidé).
  • Choisissez un moment approprié pour enseigner à votre enfant comment accomplir une tâche (p. ex., une demi‑heure avant l’arrivée de ses grands‑parents pour le souper ou dix minutes avant celle de l’autobus scolaire ne sont pas des moments appropriés).
  • Recourez aux mêmes stratégies que vous utilisez habituellement lorsque votre enfant entreprend une nouvelle activité : beaucoup d’éloges et de renforcement, estompage des incitations et rehaussement des exigences.
  • À mesure que l’enfant se sentira à l’aise pour accomplir des tâches, augmentez le fardeau de ses responsabilités, soit en lui confiant d’autres tâches, soit en le rendant plus responsable d’une tâche qu’il assume déjà. Ajoutez des tâches qui l’obligeront à en déterminer lui-même la nécessité (p. ex., la poubelle de la cuisine est presque pleine), de façon à ce qu’il ne compte pas toujours sur vous pour lui indiquer ce qu’il doit faire. 

L’argent comme principal agent renforçateur

Le fait de rémunérer votre enfant pour les corvées ménagères qu’il accomplit, et pour un travail bénévole le temps venu, présente de nombreux avantages. Aucun exercice ou logiciel de mathématiques, et aucune feuille de calcul ne peut enseigner à un enfant la valeur de l’argent comme le fait d’avoir de l’argent de poche à dépenser.

Décidez à l’avance du montant de la rémunération, et sur quelle base le travail sera rémunéré, selon la tâche ou selon le temps qui y est consacré (p. ex., allez‑vous le rémunérer en fonction du volume de papier déchiqueté ou du temps qu’a nécessité le déchiquetage de documents). Décidez également des contraintes à imposer quant à l’utilisation de l’argent gagné. Je vous suggère de ne pas aborder tout de suite l’idée de réaliser des économies. Attendez que votre enfant se familiarise avec les concepts d’achat et de « rapport qualité‑prix ». Au début, permettez‑lui de dépenser tout l’argent gagné en achetant ce qu’il veut quand il veut (vous aurez peut‑être à aménager son horaire de « travail » pour qu’il puisse faire des courses tout de suite après).

Permettre à son enfant de dépenser à sa guise donne de meilleurs résultats lorsque l’objet convoité est relativement bon marché et, encore mieux, lorsqu’il en existe différentes sortes et dimensions. Mon fils est friand de Coke et de Pepsi. Il a vite compris que tel volume de travail lui permettait d’acheter une cannette de boisson gazeuse, qu’un volume plus grand lui permettait d’en acheter une bouteille, et un volume beaucoup plus grand, une bouteille et des friandises. Cela m’a permis d’introduire graduellement la notion de coûts comparatifs. Après avoir consulté les circulaires, mon fils décide s’il veut parcourir une distance plus grande pour acheter une bouteille qui coûte moins cher au magasin à un dollar ou payer plus cher au dépanneur du coin, qui est plus proche et plus accessible.  Comme l’argent lui appartient, c’est à lui de choisir et c’est à lui également d’assumer les conséquences des achats qu’il regrette parfois.

Quand votre enfant aura compris que le travail s’échange contre de l’argent et que l’argent permet d’exercer un pouvoir d’achat, vous pourrez introduire des concepts plus complexes comme la réalisation d’économies en vue d’achats plus importants (moi j’emploie une balance pour lui montrer la distance qu’il lui reste à parcourir pour atteindre son objectif, mais une tirelire qui compte automatiquement les pièces qu’on y met peut faire l’affaire). Fixer des objectifs d’économies peut aussi aider à contrôler le processus d’achat : rappelez‑lui l’objet qu’il prévoit s’offrir dans une semaine ou dans un mois pour l’aider à prendre une décision plus éclairée concernant un achat qu’il veut effectuer tout de suite. Plus tard, vous pourrez introduire des concepts liés à la réalisation d’économies pour faire un achat destiné à une autre personne (p. ex., acheter un cadeau d’anniversaire ou offrir un repas).

Je trouve également utile de prévoir une tâche routinière qui est toujours à refaire (dans mon cas c’est le déchiquetage de documents) : quand mon fils a besoin immédiat d’argent pour acheter un objet convoité, il peut toujours se rabattre sur cette tâche.

Le deuxième article porte sur la transition vers le travail bénévole à l’extérieur du foyer familial.

 

Mots clés : Aptitudes à l’emploi, stratégies pédagogiques, conseils pratiques aux parents, savoir utiliser l’argent