Utiliser les techniques d’enseignement des réponses pivots à la maison Article 3 : L’initiative personnelle
Par : Teal Shirk-Luckett, Consultant en TSA – Programme de soutien en milieu scolaire, Hands TheFamilyHelpNetwork.ca

Les enfants au développement typique apprennent énormément en posant des questions à un adulte ou à d’autres enfants et en leur réclamant des réponses. Dès leur jeune âge, les enfants apprennent de nouveaux mots et de nouveaux concepts en demandant « qu’est-ce que c’est? » ou « pourquoi? ». Bon nombre d’enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ne créent pas spontanément ce genre d’occasions d’apprentissage social (Koegel, L.K., Koegel, R.L., Shoshan, Y. et McNerney, E., 1999). L’intégration de stratégies de motivation à ces habiletés d’initiative personnelle enseigne à l’enfant autiste à susciter lui-même des interactions d’apprentissage. Robert et Lynn Koegel proposent de garder les choses simples et faciles, et d’éviter de les transformer en une situation exigeante (Koegel, R.L. et Koegel, L.K., 2012, p. 98).

Poser des questions qui favorisent l’acquisition de vocabulaire et de connaissances

Une technique consiste à placer l’un des articles préférés de l’enfant dans un sac, de sorte que ce dernier ne puisse plus le voir. L’enfant est ensuite encouragé à demander « qu’est-ce que c’est? » (l’adulte lui demande de dire « qu’est-ce que c’est? »). Le parent ouvre alors le sac, nomme l’article et autorise l’enfant à retirer celui-ci du sac. Cette technique peut être utilisée pour augmenter la longueur des phrases ou pour favoriser l’utilisation de termes descriptifs. Par exemple, si l’enfant utilise un seul mot pour nommer un article, l’adulte qui ouvre le sac pourrait en utiliser deux en disant « auto rouge ». Le parent pourrait aussi opter pour une phrase complète : c’est une auto rouge ».

Lorsque l’enfant demande facilement et plus souvent « qu’est-ce que c’est? », le parent utilise des articles plus neutres pour lui enseigner de nouveaux mots. Des techniques semblables peuvent être employées pour enseigner à l’enfant à demander « qu’est-ce qui est arrivé? », « où est-il? » et « à qui appartient cette chose? ». 


Demander de l’aide ou un objet convoité

L’initiative personnelle comporte un autre aspect : elle est une façon d’obtenir quelque chose de quelqu’un d’autre. Un enfant peut apprendre à demander de l’aide ou à demander qu’une autre personne lui donne un objet ou accomplisse une action. Là encore, la motivation est utilisée pour faire en sorte que l’enfant souhaite obtenir de l’aide ou un objet ou qu’une action particulière soit accomplie. Vous pouvez aménager votre maison de façon à ce que les articles que votre enfant désire soient dans son champ de vision, mais placés hors de sa portée. Les articles peuvent être dans des contenants difficiles à ouvrir, sur les étagères du haut (à la condition qu’il y ait peu de risques que votre enfant  grimpe pour les atteindre), derrière des portes vitrées fermées à clé ou entre les mains d’une autre personne. Si votre enfant manifeste de l’intérêt pour l’article en question, incitez-le à en faire la demande ou à solliciter de l’aide pour l’obtenir. Les articles ou l’aide qui sont peut-être habituellement donnés inconditionnellement à votre enfant sont maintenant retenus jusqu’à ce que ce dernier fasse des efforts pour les demander.


Si votre enfant aime dessiner, vous pouvez placer les crayons dans une boîte transparente dont le couvercle est difficile à ouvrir. Lorsque vous remarquez que votre enfant essaie d’ouvrir la boîte, vous pouvez l’aider à dire « aide-moi, s’il vous plaît ». 

Vous pouvez changer le mot de passe sur l’ordinateur afin que votre enfant soit obligé de venir vous demander : « Quel est le mot de passe? ». Si votre enfant manifeste de l’intérêt pour l’ordinateur, c’est qu’il veut s’en servir. En vous demandant le mot de passe, il sera naturellement récompensé en obtenant l’accès à l’ordinateur.


Obtenir de l’attention

L’enfant est incité à dire « regarde-moi » afin d’attirer l’attention sur la tâche qu’il est en train d’accomplir. L’adulte renforce alors la demande de l’enfant en s’occupant immédiatement de lui, en commentant ce que l’enfant fait et en lui proposant de découvrir un aspect ou l’autre de la tâche.


Au cours d’une partie de soccer, le sport préféré de l’enfant, l’enfant est incité à dire « regarde ici »; puis l’adulte regarde l’enfant et lui envoie le ballon de soccer.

Pendant une séance de dessin, l’adulte garde tous les marqueurs sauf celui que l’enfant utilise; l’enfant est incité à dire « regarde »; l’adulte regarde  l’enfant et lui dit : « je vois que tu fais un dessin, voici d’autres couleurs que tu peux choisir » et lui donne les autres marqueurs.

Demander de l’information sur un objet ou une action

Certains enfants ayant un TSA ont de la difficulté à utiliser les verbes au passé ou à la voix active (Koegel, R.L. et Koegel, L.K., 2012). Pour aider les enfants à réagir aux actions d’un adulte, on peut leur enseigner à demander « qu’est-ce qui se passe? » ou « qu’est-ce qui est arrivé? ». L’adulte utilise alors le verbe au temps approprié. 


Pour les enfants plus jeunes, essayez de trouver des livres animés ou munis de languettes à tirer, sur des sujets qui intéressent l’enfant. En tirant une languette, incitez l’enfant à demander « qu’est-ce qui se passe? » ou cessez de tirer la languette et incitez l’enfant à demander « qu’est-ce qui est arrivé? ». Après avoir entendu la réponse de l’adulte, l’enfant pourrait tirer lui-même la languette s’il le désire.

Les articles préférés de l’enfant ou ceux dont il a besoin pour ses activités préférées peuvent être retirés de leurs places habituelles. L’enfant est alors incité à demander « où est le/la _____ »; ensuite, l’adulte indique à l’enfant où il peut trouver l’article manquant. L’enfant qui connaît ses prépositions pourrait fort bien le trouver tout seul; sinon, l’adulte peut montrer à l’enfant où est l’article manquant en prenant soin de nommer cet endroit.


Lors des premières séances d’enseignement de l’initiative personnelle, les réponses de l’adulte peuvent être courtes et le renforcement naturel donné promptement (Koegel, L.K. et al., 1999). Ces façons de faire préserveront la motivation de l’enfant à apprendre des choses par lui-même. Il est important de continuer d’utiliser les stratégies de motivation : suivez l’enfant dans ses choix, entrecroisez et variez les tâches et utiliser le renforcement naturel qui est associé à la question que l’enfant a posée.

En apprenant à initier ces interactions sociales, les enfants ayant un TSA prendront conscience de l’importance de celles-ci. Ces habiletés semblent pouvoir se généraliser à des endroits et à du matériel nouveaux ainsi qu’avec des adultes n’ayant pas reçu de formation particulière ou spécialisée (Koegel, L.K., Koegel, R.L., Harrower, J.K. & Carter, C.M., 1999).