2/4 Traitements possibles pour les problèmes de sommeil liés au TSA

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Depuis le milieu du XXe siècle, des médicaments sont très souvent prescrits pour traiter l’insomnie et d’autres troubles du sommeil. Les médecins d’aujourd’hui s’entendent généralement pour dire que les médicaments sédatifs-hypnotiques (du groupe Z), ou non-benzodiazépines, sont l’option pharmacologique la plus efficace pour traiter les troubles du sommeil. Les médicaments du groupe Z les plus courants – le zolpidem (Ambien), la zopiclone (Lunesta) et la zaléplone (Sonata) — induisent un état de somnolence sans perturber l’architecture du sommeil, contrairement aux benzodiazépines (français) comme l’alprazolam (Xanax) et le diazépam (Valium) qui peuvent aggraver les symptômes d’un trouble du sommeil chez certains patients.

Cependant, les médicaments du groupe Z et d’autres médicaments d’ordonnance peuvent être problématiques pour les personnes qui ont un TSA. Ces médicaments risquent fort de créer une dépendance et engendrent parfois des effets secondaires qui exacerbent les problèmes physiques liés au TSA, tels que les reflux acides et la constipation. De plus, les somnifères peuvent interagir avec d’autres médicaments conçus pour aider les personnes autistes à être plus attentives et concentrées tout au long de la journée. Les personnes autistes devraient tout au moins consulter leur médecin pour discuter de leur traitement avant de prendre des somnifères, quels qu’ils soient.

Les enfants qui ont un TSA sont particulièrement à risque de développer une dépendance aux somnifères et d’en subir les effets secondaires; les médicaments d’ordonnance doivent donc être considérés comme un dernier recours pour eux. Les parents qui soupçonnent l’existence d’un trouble du sommeil chez leur enfant autiste doivent d’abord et avant tout solliciter une évaluation préliminaire. Cette évaluation peut prendre la forme d’une actimétrie qui consiste pour l’enfant à porter, au poignet, un moniteur du sommeil qui surveille les cycles de sommeil et de veille, ou d’une polysomnographie (PSG) qui consiste à surveiller les activités neurologiques et cardiovasculaires durant le sommeil. Au cours de cette évaluation, les parents peuvent aider les médecins à éliminer les autres facteurs susceptibles d’influencer la qualité du sommeil de leur enfant. Ces facteurs comprennent entre autres des problèmes médicaux comme l’amygdalite, les adénoïdes enflées, l’épilepsie et les allergies alimentaires, ainsi que tous les médicaments qui sont pris pour le trouble du spectre de l’autisme ou le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité.

Les effets secondaires des médicaments couramment prescrits aux personnes qui vivent avec un TSA

Il est important de tenir compte du fait que de nombreux médicaments utilisés pour atténuer les symptômes du TSA peuvent nuire à la qualité du sommeil des personnes qui les prennent. Le tableau ci-dessous contient une liste des médicaments les plus couramment prescrits pour réduire les comportements répétitifs, l’hyperactivité, l’inattention et d’autres symptômes du TSA ainsi que leurs effets en lien ou pas avec le sommeil.

Médicament

Appellation commerciale

Ce qu’il traite

Est-ce qu’il cause de l’insomnie ou perturbe le sommeil?

Autres effets secondaires

Rispéridone

Risperdal

Irritabilité and agressivité, comportement social aberrant

Oui

Prise de poids, constipation, diarrhée, nausées

Aripiprazole

Abilify

Irritabilité and agressivité

Oui

Prise de poids, nausées, infection des voies respiratoires supérieures

Clozapine

Clozaril

Irritabilité et agressivité

Oui

Prise de poids, tachycardie, constipation, énurésie, cauchemars fréquents

Halopéridol

Haldol

Irritabilité et agressivité, comportement social aberrant

Oui, mais rarement

Hypotension, constipation, bouche sèche, rigidité musculaire

Sertraline

Zoloft

Irritabilité et agressivité

Oui

Niveaux d’énergie élevés, faible concentration, diarrhée

Oxytocine

Pitocin

Comportement social aberrant

Non

Pression sanguine élevée, nausée, vomissements

Méthylphénidate

Ritalin

Hyperactivité et inattention

Oui

Perte d’appétit, bouche sèche, anxiété, nausées, perte de poids

Venlafaxine

Effexor

Hyperactivité et inattention

Oui

Maux de tête, nausées, étourdissement, bouche sèche

Fluoxétine

Prozac

Comportements répétitifs

Oui

Maux de tête, bouche sèche

Citalopram

Celexa

Comportements répétitifs

Oui

Niveaux d’énergie élevés, hyperactivité, diarrhée, peau sèche

Traitements possibles des problèmes de sommeil

Si l’évaluation préliminaire révèle la présence d’un trouble du sommeil chez un enfant autiste, la prochaine étape est habituellement celle du traitement. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) (français) s’est avérée assez efficace pour atténuer les symptômes d’un trouble du sommeil chez les jeunes qui ont un TSA. La TCC vise à améliorer l’hygiène du sommeil chez les patients en les initiant à la science du sommeil et en les aidant à trouver des moyens de bonifier leurs habitudes nocturnes. Une étude publiée dans la revue Journal of Pediatric Neuroscience mentionne que les enfants autistes ont souvent besoin de suivre des routines; l’établissement d’un horaire cohérent de coucher peut donc leur être bénéfique. Une bonne routine de coucher pourrait se dérouler comme suit :

  • Mettre son pyjama
  • Se brosser les dents
  • Aller à la toilette
  • Se laver les mains
  • Se mettre au lit
  • Lire un livre (ou se faire lire un livre)
  • Fermer la lumière

D’autres interventions comportementales peuvent aider les enfants autistes à surmonter leurs problèmes de sommeil. Une trousse d’outils du sommeil (Sleep Tool Kit) publié par l’organisme Autism Treatment Network suggère les interventions suivantes :

  • Créer un horaire visuel accompagné d’une liste de vérification et comportant des images ou photos, des objets et d’autres appuis visuels qui peuvent aider un enfant autiste à saisir plus facilement les concepts.
  • Veiller à ce que la routine du coucher soit de courte durée et la limiter à environ 30 minutes avant d’aller au lit. Sinon, l’enfant risque d’être submergé par de trop nombreux engagements.
  • Débuter la routine par les activités stimulantes comme la télévision et les jeux vidéo, suivies d’activités relaxantes comme la lecture et autres activités du même genre.
  • Commencer par accompagner l’enfant lorsqu’il apprend à suivre l’horaire établi et utiliser des incitations verbales pour lui rappeler de vérifier l’horaire. Lui apprendre aussi à cocher lui-même les choses qui sont faites.
  • Donner un renforcement positif à l’enfant chaque fois qu’il suit correctement l’horaire établi.
  • Lorsque la routine doit être changée, il est important d’en informer l’enfant à l’avance afin qu’il puisse se préparer mentalement à cette perturbation. Modifier à l’avance la liste de vérification reflétant ces changements.

Outre la TCC, la luminothérapie peut aussi aider les enfants autistes à mieux dormir. Cette forme de thérapie consiste habituellement à placer une boîte transmettant la lumière près du lit de l’enfant. En exposant l’enfant à une lumière vive tôt le matin, cette thérapie peut contribuer à modifier la production de mélatonine et ainsi faire en sorte que l’enfant se sente plus alerte pendant la journée.

Traitements pharmacologiques

Les interventions thérapeutiques sont souvent efficaces, mais pas pour tous les enfants. Si tel est le cas, les parents pourraient envisager un traitement pharmacologique. En remplacement de médicaments d’ordonnance, les deux options présentées ci-dessous sont considérées comme les mieux adaptées pour les enfants qui ont un TSA – même si les parents ne devraient pas les donner à leur enfant sans d’abord consulter un médecin :

  • La mélatonine : Les enfants autistes sont souvent victimes d’un dérèglement du rythme circadien, ce qui peut se traduire par des faibles niveaux de mélatonine. Des suppléments de mélatonine sont généralement disponibles en vente libre et peuvent aider à élever les niveaux insuffisants de mélatonine. Ces suppléments induisent un faible niveau de dépendance et peu d’effets secondaires, même si les enfants qui les prennent éprouvent parfois des nausées, de la diarrhée et des étourdissements.
  • Les suppléments alimentaires : Outre la mélatonine, d’autres suppléments naturels peuvent faciliter l’endormissement et améliorer le maintien du sommeil chez les enfants qui ont un TSA. C’est le cas du fer, du kava, de la racine de valériane et du 5-hydroxytryptophan (5-HTP). Les multivitamines peuvent aussi aider. Ces suppléments n’induisent aucun risque de dépendance et leurs effets secondaires sont minimes.

Le Center for Autism and Relater Discorders recommande aux parents d’éviter de donner certains médicaments en vente libre aux enfants qui ont un TSA, y compris des antihistaminiques comme Benadryl qui sont souvent utilisés, à tort, comme des somnifères.

Enfin, si aucune de ces stratégies pour améliorer la qualité du sommeil n’est efficace, les parents pourraient envisager de recourir à des médicaments d’ordonnance. Au lieu de se tourner vers les médicaments du groupe Z ou les benzodiazépines — conçus principalement pour les adultes — les parents d’enfants autistes ont une autre option : utiliser deux médicaments d’ordonnance qui donnent parfois de bons résultats.

  • La clonidine : La clonidine est un antihypertenseur utilisé pour traiter de multiples problèmes de santé, y compris les tics et le TDAH, qui sont très fréquents chez les enfants qui ont un TSA. Puisqu’elle provoque de la somnolence, la clonidine peut aussi être utilisé comme aide-sommeil — bien qu’elle comporte un risque de dépendance. Une étude réalisée en 2008 a montré que la clonidine réduisait la latence du sommeil et les épisodes d’éveil nocturnes chez les enfants autistes.
  • La mirtazapine : Conçue tout spécialement pour réduire l’anxiété liée au TSA, la Mirtazapine est également efficace pour alléger les symptômes de l’insomnie chez les enfants et les jeunes adultes, de 4 à 24 ans. Mais un lien a été établi entre les antidépresseurs, comme la mirtazapine, et les idées et comportements suicidaires chez les jeunes (en particulier chez les adolescents). Ce médicament pourrait donc être inapproprié pour certains patients.

Traiter les problèmes du sommeil chez les adultes qui vivent avec un TSA

Les médicaments du groupe Z, les benzodiazépines et d’autres médicaments d’ordonnance plus puissants peuvent convenir à certains adultes autistes qui souffrent d’insomnie et présentent d’autres symptômes d’un trouble du sommeil. Cependant, il est conseillé à ces adultes d’envisager des options comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et les suppléments en vente libre comme la mélatonine avant d’opter pour des médicaments d’ordonnance. Les adultes qui ont un TSA devraient discuter avec leur médecin des traitements qui leur conviennent le mieux.

Pour de plus amples renseignements sur la thérapie du sommeil, consultez nos guides sur la TCC et la luminothérapie. Nous vous proposons aussi un guide complet sur les médicaments du groupe Z, les benzodiazépines et d’autres somnifères couramment prescrits aux adultes.

*L’article en français contient les liens fournis dans l’article original, rédigé en anglais. Dans la mesure du possible, tout en respectant le message de l’auteur, des liens à des renseignements en français ont été insérés.